Carnet de voyage
       

Des Iles Eoliennes à l'Etna (Sicile 2008)

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Cette semaine de randonnée en Sicile m'a permis de marcher sur les prestigieux volcans des Iles Eoliennes (Vulcano, Salina et Stromboli) et de gravir les pentes de l'Etna, l'un des volcans les plus imposants et plus actifs d'Europe. Quelques visites touristiques à Taormina et Catane ont également agrémenté le circuit.

 

Le 6 septembre

Départ de Paris en direction de Catane où je retrouve le reste du groupe et notre guide Ugo. Nous faisons route vers Taormina où nous arrivons en fin de soirée. Nous dinons et passons la nuit à l'hôtel Natalina.

 

 

Le 7 septembre

Nous nous levons tôt car nous avons un bateau à prendre !! Auparavant, nous nous rendons à Milazzo en minibus en longeant le détroit de Messine. Arrivé au port, nous embarquons en direction de Vulcano, l'ile située la plus au sud de l'archipel des Iles Eoliennes. Ugo nous fait un rapide tour d'orientation dans le village, puis nous partons rejoindre nos logements, des appartements situés dans le complexe Vulcano Blu. Nous avons un peu de temps libre en début d'après-midi. Certains vont profiter des bienfaits des bains de boues sulfureuses ou se baigner. De mon côté, je préfère profiter du jardin ombragé de notre résidence. Il fait encore très chaud pour ce début de mois de septembre.

 

En fin d'après-midi, nous partons pour une première randonnée facile qui nous emmènera sur le cratère du volcan actif (391 m de dénivelé). Cette activité se manifeste par des fumerolles émanant des bords du cratère. Les gaz ont une forte odeur de soufre et il est conseillé d'éviter de les respirer, le nez et la gorge qui piquent nous le rappellent !! Depuis le sommet, nous avons une belle vue sur les iles de Lipari, Salina, Filicudi et Alicudi.

 

De jolies formations cristallines de soufre et de sel se forment à la sortie des fumerolles. Nous pouvons également apercevoir Vulcanello, partie la plus récente de l'ile formé par 3 cratères sous-marins qui se sont rattachés à l'ile lors de leurs éruptions.

 

 

Le soleil se couche et nous offre de jolies images des fumerolles à contre-jour ainsi qu'un coucher dans la mer Tyrrhénienne. Nous faisons le tour du cratère puis redescendons pour aller déguster les pâtes et le poisson local. Nous passons la nuit à la résidence Vulcano Blu.

 

 

Le 8 septembre

Nous prenons l'hydrofoil pour nous rendre à Salina. Nous faisons un arrêt à Lipari, la plus grande et plus peuplée des Iles Eoliennes dont nous apercevons le blanc des carrières de pierre ponce. Nous reprenons la mer et descendons à Santa Marina sur l'ile verte. Ainsi est surnommée Salina en raison des forêts qui la recouvrent, classées en réserve naturelle. Après avoir acheté le ravitaillement pour le pique-nique, nous empruntons les ruelles du village et partons pour l'ascension du Fossa del Felci.

 

La chaleur est particulièrement forte et la montée se révèle éprouvante. Nous profitons néanmoins de l'ombre créée par les arbustes qui composent la forêt. Après une dernière montée dans la poussière et en plein soleil, nous ne sommes pas mécontent d'atteindre le sommet à 962 m, nous sommes au point culminant de l'archipel. La vue est superbe sur le Monte Porri, un ancien volcan maintenant éteint, jumeau de celui qui nous venons de gravir et les iles Filicudi et Alicudi. Nous pouvons aussi apercevoir le Stromboli dans la brume et le panache de vapeur qui témoigne de son activité.

 

Après le pique-nique et la sieste, nous entamons la descente et profitons du panorama sur Lipari et Vulcano. Sur la côte, nous apercevons les anciennes salines qui ont donné son nom à L'ile. La chaleur est de plus en plus étouffante au fur et à mesure de la descente et une bonne bière bien fraiche est la bienvenue à notre arrivée au village de Rinella. Nous avons traversé les vignes qui permettent la fabrication de la Malvoisie, le vin local, les capriers sauvages, les figuiers de barbarie, les hibiscus et bougainvilliers en fleurs. La petite plage de sable noir proche du port offre une baignade bien méritée. Puis, nous reprenons le bateau pour aller diner à Vulcano (tranche d'espadon et Malvoisie) puis passer la nuit à la résidence Vulcano Blu.

 

 

Le 9 septembre

Aujourd'hui, nous partons pour Stromboli, l'ile la plus au nord de l'archipel. Après plusieurs haltes à Lipari, Salina, Panarea, notre bateau nous dépose à San Vincenzo, l'unique port permattant de débraquer à Stromboli. Nous partons déposer nos bagages à l'hôtel et Ugo nous fait une visite rapide du village. Après le déjeuner (cette fois, une pizza), nous avons du temps libre avant notre randonnée. Je déambule dans les petites ruelles aux murs blancs au milieu des arbustes fleuris, visite l'église du village et termine ma balade sur la plage où sont entreposés les barques colorées des pêcheurs. Le tout face à l'imposante masse du volcan d'où s'échappe une vapeur constante.

 

En fin d'après-midi, nous voici partis pour aller assister au spectacle d'un volcan en activité. Nous avons pris nos frontales et on nous a fourni un casque. Nous grimpons dans une végétation composée principalement de roseaux utilisés auparavant pour la protection des vignes. Nous avons une jolie vue sur le village et le Strombolicchio. Ce petit ilôt rocheux est un "neck", vestige du premier volcan qui a fondé l'ile. Le soleil se couche et projette l'ombre du volcan sur la mer.

 

La végétation laisse place à un terrain minéral composé de scories et d'anciennes coulées de lave. Nous arrivons près du sommet où sont installés des abris métalliques permettant de se protéger en cas de régain d'activité du volcan. Les règles de sécurité limitent l'accès au sommet à simultanément 5 groupes de 20 personnes. Nous attendons 5 personnes pour compléter le notre, puis accédons, munis de nos casques, à un spectacle impressionnant. Le Stromboli est en éruption constante depuis au moins 2500 ans, son activité typique est de type explosif et est caractérisée par l'émission de fontaines de lapilli et de cendres projetées à quelques dizaines de mètres de hauteur. Au jour de notre visite, 5 bouches effusives sont actives, nous les surplombons à quelques centaines de mètres. Dans l'une d'entre elles, la lave en fusion est visible et des cendres sont régulièrement projetées. L'activité des autres bouches se produit environ toutes les 15 minutes. Elle est semblable à un feu de bengale produit par l'expulsion de gaz et de matériaux en fusion durant quelques secondes. La nuit tombe et renforce l'effet de ces explosions. Le spectacle est réellement saisissant et l'heure durant laquelle nous sommes autorisés à rester passe trop vite.

 

La descente s'effectue de nuit à la lueur des frontales. Nous commençons par dévaler une pente raide de lapillis, un tapis de petites scories dans lesquelles nous nous enfonçons et qui rentrent dans les chaussures. Puis, nous retrouvons les chemins poussiéreux au milieu des roseaux. On nous a aussi fourni des masques en papier pour éviter de respirer la poussière. Arrivés au village, nous buvons une bière bien méritée en nous remémorant ces images fantastiques. Nous passons la nuit à l'hôtel Ossidiana.

 

 

Le 10 septembre

Avant de prendre l'hydrofoil vers la Sicile, nous avons décidé de faire une balade en bateau autour de l'ile. Nous commençons par le Strombolicchio, ce "neck", vestige de la cheminée du premier volcan des iles Eoliennes. Il est haut de 43 m et un phare a été construit à son sommet. Nous faisons un pause baignade et profitons de la magnifique vue dur l'ile de Stromboli. Nous poursuivons vers la Sciarra del Fuoco, un immense éboulis situé à l'ouest. Son effondrement a provoqué un mini-tsunami ressenti de l'autre côté de l'ile où se trouvent les villages. Nous rentrons ensuite au port en longeant la côte parsemée de jolies maisons blanches.

 

En fin de matinée, nous prenons le bateau en directin de Milazzo. Les minibus nous attendent et nous conduisent à Taormina où nous avons un peu de temps pour une rapide visite. Taormina est une destination touristique prisée. Elle est aussi une station climatique de premier ordre, bénéficiant d’un microclimat. Son panorama est extraordinaire et son patrimoine historique, culturel et archéologique attire de nombreux touristes de toutes origines. Elle est aussi célèbre depuis qu'on y a tourné le film "Le Grand Bleu". Elle a été fondée 4 siècle avant notre ère et conserve de nombreux vestiges gréco-romains. Nous décidons de visiter le Teatro Greco. Ce théâtre est l'un des plus importants du monde antique. Le monument, à l'acoustique exceptionnelle, de 109 m de diamètre (deuxième plus grand théâtre de Sicile après celui de Syracuse) est divisé en 9 secteurs pouvant accueillir au total 5 400 personnes. L'acoustique est reconnue comme étant exceptionnelle. La scène est en très bon état : remarquablement conservée, avec son mur de fond à 2 étages où 5 colonnes, 4 chapiteaux corinthiens et 1 fragment d'entablement en marbre ont pu être replacés. Creusé dans la roche, de forme classique, il est comme une gigantesque coquille face à la mer. De plus, on bénéficie d'un panorama magnifique à son sommet sur la ville, l'Etna, la côte Sicilienne et la Calabre. Avant de retourner aux minibus, nous prenons le temps de déguster une excellente Gelato, la fameuse glace Italienne, et déambuler dans les ruelles pleines de charme.

 

Nous partons en direction de l'Etna et faisons une nouvelle halte à Linguaglossa pour une dégustation des produits locaux. Vins, fromages, olives et figues constituent un excellent apéritif. Nous montons ensuite jusqu'à notre hôtel, le rifugio Alpino Ragabo où nous dinons et passons la nuit.

 

 

Le 11 septembre

Nous partons à pied de l'hôtel pour la plus longue randonnée de la semaine (22 km, mais seulement 600 m de dénivelé). Nous sommes dans le parc naturel de l'Etna et débutons la marche dans une très belle forêt composée principalement de pins laricio. On y trouve également chênes, chataigniers et hêtres. Nous sortons de la forêt et arrivons dans un paysage complètement différent. Nous sommes à Piano Provenzana, une station de ski du versant nord de l'Etna qui a été entièrement détruite par une coulée de lave en 2002. Seules la route, un parking et quelques chalets ont été reconstruits depuis. La lave est ici de type AA (ou en gratons), c'est une lave visqueuse à écoulement lent qui laisse après refroidissement un chaos de scories sur lequel on ne peut marcher. Le spectacle est impressionnant et on distingue les différents "fleuves" de lave qui ont descendu les pentes de l'Etna. Des arbres morts émergent de ces coulées. Plus loin, on distingue les restes d'un hôtel entièrement recouvert par la lave.

 

Nous remontons à côté des coulées en direction de la faille d'où est sortie la lave. Nous distinguons les différents cratères dont certains ne sont pas encore refermés. Par endroit, on ressent encore la chaleur qui sort des entrailles de la terre. Nous continuons en contournant le Monte Nero, un grand cratère créé par une éruption plus ancienne. Nous faisons un arrêt près de la Bottoniera (la boutonière). Cette formation, qui date de 1923, est constituée d'hornitos (un mot espagnol signifiant petit four) qui sont des bouches effusives situées en ligne droite le long d'une faille (d'où l'appellation "boutonnière").

 

Nous entrons ensuite dans une jolie forêt de hêtres où nous pique-niquons près d'un refuge. Après la sieste, nous repartons vers une zone de lave pahoehoe ou lave cordée. Cette lave est beaucoup plus fluide qui forme des coussins et une surface plus lisse et régulière que la lave AA. Ce type de lave a aussi la particularité de former des tunnels lors des éruptions. Un tunnel de lave se forme lorsque la lave se refroidit plus rapidement sur ses bords qu'en son centre, formant des berges de lave solidifiée qui se rejoignent. La lave s'écoule alors sur de longues distances car protégée du refroidissement. Nous allons en visiter un : la grotta dei lamponi (la grotte des framboises) ainsi appelée car des plantes (dont les framboisiers) profitent la fraicheur et de l'humidité pour y pousser. Nous marchons quelques dizaines de mètres dans ce tunnel à la lueur des frontales et distinguons les "banquettes" sur les côtés, situées au niveau du flot de lave. Le plafond est constellé de gouttes de lave créées par la surfusion générée par le rayonnement thermique de la coulée.

 

Nous entamons ensuite le retour vers l'hôtel par une longue piste le long de coulées de lave, puis dans la forêt. Nous dinons et passons la nuit au rifugio Alpino Ragabo.

 

 

Le 12 septembre

De gros camions 4x4 viennent nous chercher à l'hôtel. Aujourd'hui, nous montons au sommet de l'Etna et devons emprunter des pistes, parfois chaotiques, tracées sur les coulées de lave. Nous descendons des véhicules à 3000 m dans la fraicheur matinale, mais sous un beau ciel bleu et un vent faible. Nous commençons à apercevoir le sommet de cet immense volcan qui couvre plus de 1200 km2 et compte plus de 450 cratères. Il est récent à l'échelle géologique (500 000 ans), donc encore très actif (il a connu près de 100 éruptions au XXème siècle). Nous pouvons voir le panache de vapeur qui sort du cratère nord-est derrière lequel le soleil joue à cache-cache. Nous terminons l'ascension à pied et arrivons au milieu des 4 cratères sommitaux. Le cratère nord-est ne peut être gravit car encore trop actif, le cratère central profond de plusieurs centaines de mètres (Ugo y lance un rocher dont nous entendons la chute très longtemps), le nouveau cratère et ses fumerolles et formations de soufre et le cratère sud-est inaccessible de notre position.

 

Ce paysage minéral est d'une beauté saisissante, les vapeurs, fumerolles, odeurs de soufre rendent le tableau surnaturel et presque inquiétant. Nous marchons le long du cratère central puis faisons l'ascension du nouveau cratère jusqu'à 3300 m. Nous apercevons son fond par intermittence selon les caprices du vent et des émanations de vapeurs. Nous contournons le cratère nord-est pour nous diriger vers l'observatoire de l'institut national de géophysique et vulcanologie italien. Nous traversons une zone entièrement recouverte de lapillis, des scories noires issues de l'explosion du cratère nord-est en 2008. La traversée de ces champs noirs est elle aussi très impressionnante. Nous arrivons à l'observatoire où nous prenons notre pique-nique et bénéficions d'une belle vue jusqu'à Piano Provenzana, la mer apparait au fond dans les brumes de chaleur.

 

Même ici, la vie n'est pas entièrement absente. Nos pouvons observer de nombreuses coccinelles, on ne sais pas vraiment pourquoi elles sont ici aussi présentes, une hypothèse serait qu'elles sont attirées par la présence de soufre. Une libellule visiblement à bout de force vient s'écraser près de moi. Après déjeuner, nous entamons la descente dans les lapillis qui constituent un excellent terrain de jeu (certes très poussièreux) pour qui ose se lancer sur ce terrain en courant. Nous passons à côté de névés qui subsistent en cette fin d'été, isolés par la couche de cendres. Plus bas, des plantes réussissent à vivre dans ce milieu hostile, notamment l'astragalus siculus, un abuste épineux en forme de coussin (pour fakir !).

 

Plus bas, nous arrivons à Piano Provenzana et retrouvons les coulées de 2002. Malgrè le risque permanent, la station de ski est en train d'être reconstruite, comme en témoigne un télésiège tout neuf. Nous terminons cette magnifique et dernière randonnée en longeant un des bras de la coulée au milieu des arbres blanchis par la chaleur. Malgré tout, la forêt n'a pas entièrement brulé et de nombreux ilots verts tranchent dans le noir des coulées de lave. Après nous être raffraichis, nous retrouvons nos minibus qui nous emmènent vers Catane, la deuxième ville de Sicile, très agitée par de nombreux jeunes de sortie en ce vendredi soir. Nous sommes répartis dans 3 hôtels différents, je passe la nuit au BB Sicilia Inn.

 

 

Le 13 septembre

Avant de prendre le vol du retour, nous avons une matinée libre à Catane. Notre hôtel est situé dans le quartier historique près de l'artère principale de la ville, la Via Etnea. Nous descendons cette rue très commerçante à pied. Nous passons sur la place de l'université (Piazza dell'Università), puis arrivons sur la magnifique Piazza del Duomo, célèbre pour son Liotru, la Fontaine de l'Eléphant; curieux assemblage d'un éléphant en pierre de lave, surmonté d'une obélisque égyptienne, le tout coiffé par Sant'Agata, sainte Patronne de la ville. Nous visitons la cathédrale construite au XIIIème siècle puis restaurée aux XVème et XVIIIème.

 

Nous poursuivons pour visiter le Teatro Greco, il est malheureusement fermé pour travaux. Nous continuons vers la Piazza Dante où siège l'imposante église San Nicola l'Arena à la façade inachevée. Le monastère des Bénédictins attenant est beaucoup plus joli. C'est le deuxième plus grand d'Europe, il a été construit au XVIème siècle, puis restauré au XVIIIème. Il abrite désormais la faculté de Lettres et Philosophie. La façade de style baroque est magnifique, notamment les balcons en fer forgé aux formes arrondies, ornés de cariatides et de têtes souriantes ou grimaçantes. C'est ici que se termine ce beau voyage qui termine ma trilogie volcanique de l'année.